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Construire une démarche QVCT : quel référentiel choisir selon votre organisation ?

L’ANACT et le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé proposent deux approches complémentaires pour structurer une démarche QVCT, selon le contexte, les enjeux et les objectifs de votre organisation.

Illustration d’une démarche QVCT en entreprise

Introduction

La qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique pour les organisations. Les évolutions du travail, les attentes des collaborateurs, les difficultés de recrutement, les transformations managériales et les exigences croissantes en matière de responsabilité sociétale conduisent les entreprises à structurer leur réflexion.

Pour accompagner cette évolution, les dirigeants disposent de plusieurs cadres méthodologiques. En France, le référentiel publié par l’ANACT constitue une référence pour concevoir et piloter une démarche QVCT. Au Québec, le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé propose une approche de la santé organisationnelle reconnue pour sa vision globale et sa méthodologie structurée.

Bien qu’élaborés dans des contextes différents, ces deux référentiels poursuivent une ambition commune : aider les organisations à améliorer durablement leur fonctionnement, la qualité du travail et la santé des collaborateurs. Tous deux privilégient une approche participative fondée sur l’analyse, le dialogue et l’amélioration continue.

Leur principale différence réside moins dans la méthode que dans le périmètre des déterminants sur lesquels ils proposent d’agir.

Plutôt que d’opposer ces deux approches, cet article en propose une lecture croisée afin d’en analyser les convergences, les spécificités et les enseignements pour les organisations souhaitant structurer une démarche QVCT.

Au-delà de la comparaison de deux référentiels, une question demeure : comment définir le périmètre d’action le plus pertinent au regard des enjeux, des ressources et des ambitions de son organisation ?

1. La QVCT : une évolution des approches de la santé au travail

Les politiques de santé au travail se sont historiquement construites autour de la prévention des risques professionnels, de la protection de la santé des salariés et du respect des obligations réglementaires. Cette approche demeure aujourd’hui le socle de toute politique de prévention.

Au cours des dernières années, les transformations du monde du travail ont progressivement élargi cette vision. Les évolutions des modes d’organisation, les nouvelles pratiques managériales, les difficultés de recrutement, les attentes des collaborateurs ainsi que les enjeux d’attractivité et de fidélisation conduisent désormais les entreprises à s’interroger plus largement sur les conditions dans lesquelles le travail est réalisé.

Cette évolution s’est traduite en France par l’émergence de la Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT), consacrée par l’Accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020. Celui-ci définit la QVCT comme les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail, leur capacité à s’exprimer et à agir sur son contenu, déterminant ainsi la qualité du travail réalisé.

Cette définition marque une évolution. Elle invite les organisations à dépasser une approche centrée exclusivement sur la prévention des risques pour intégrer une réflexion plus large sur l’organisation du travail, le dialogue professionnel, les pratiques managériales et la capacité des collectifs à produire un travail de qualité.

Pour accompagner cette évolution, l’ANACT a élaboré un référentiel méthodologique reposant sur un principe fondamental : placer le travail réel au cœur de l’analyse. Il s’agit d’observer comment le travail est réellement réalisé, de comprendre les écarts entre le travail prescrit et le travail réel, puis d’identifier les leviers d’amélioration les plus pertinents.

La QVCT ne se résume ni à une politique de bien-être, ni à une succession d’actions ponctuelles. Elle constitue une démarche structurée d’amélioration continue visant à concilier la qualité du travail, la santé des collaborateurs et la performance durable.

2. Deux référentiels, deux regards complémentaires

Le référentiel méthodologique publié par l’ANACT et le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé ont été élaborés dans des contextes différents et répondent à des objectifs qui leur sont propres. Leur comparaison ne vise pas à établir une hiérarchie entre deux approches, mais à mieux comprendre les enseignements qu’elles peuvent apporter aux organisations.

Au-delà de leurs spécificités, ces deux référentiels reposent sur des principes méthodologiques largement convergents.

Tous deux privilégient une approche structurée qui débute par une phase d’analyse avant la définition d’un plan d’action. Ils accordent une place centrale à l’observation des réalités de terrain, à l’implication des parties prenantes, au dialogue, à l’amélioration continue et à l’évaluation des actions mises en œuvre.

Ils reposent également sur un principe commun : une démarche durable ne peut être construite à partir de solutions standardisées. Elle doit être adaptée aux caractéristiques de chaque organisation, à son environnement, à ses ressources et aux enjeux auxquels elle est confrontée.

Cette philosophie conduit à dépasser une logique consistant à appliquer un référentiel « clé en main ». Les référentiels constituent avant tout des cadres méthodologiques destinés à éclairer les décisions, à structurer la réflexion et à accompagner la conduite du changement.

C’est précisément dans cette perspective que leur lecture croisée présente un intérêt particulier. Elle permet de mieux comprendre les différentes approches de la qualité de vie et des conditions de travail et d’aider les dirigeants à déterminer les leviers les plus pertinents au regard des objectifs qu’ils souhaitent poursuivre.

La véritable question n’est donc pas de savoir quel référentiel choisir. Elle consiste à déterminer sur quels déterminants l’organisation souhaite agir pour répondre durablement à ses enjeux.

Comparaison des référentiels ANACT et BNQ 9700-800
Lecture croisée des référentiels ANACT et BNQ 9700-800.

3. Une différence de périmètre plus que de méthode

Les convergences méthodologiques observées entre le référentiel de l’ANACT et le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé ne doivent pas masquer une différence fondamentale. Leur principale distinction réside moins dans la méthode employée que dans le périmètre des déterminants retenus pour construire la démarche.

Le référentiel méthodologique de l’ANACT place le travail réel au cœur de l’analyse. Il invite les organisations à comprendre les situations de travail, à identifier les écarts entre le travail prescrit et le travail réalisé, puis à agir sur les facteurs organisationnels qui influencent directement les conditions de réalisation du travail : l’organisation, les pratiques managériales, les coopérations, le dialogue professionnel ou encore les marges de manœuvre laissées aux équipes.

Le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé repose sur cette même logique d’analyse tout en élargissant le champ de réflexion. Il considère que la santé en organisation résulte de l’interaction entre plusieurs catégories de déterminants qui dépassent le seul cadre du travail.

Pour construire son plan d’action, il propose de recueillir des données portant sur quatre sphères reconnues pour leur influence sur la santé et le mieux-être des collaborateurs :

  • les pratiques de gestion, qui concernent notamment l’organisation du travail, la reconnaissance, la communication, la participation et les relations sociales ;
  • l’environnement de travail, incluant les conditions matérielles, l’ergonomie, la sécurité et la qualité des espaces de travail ;
  • la conciliation travail-vie personnelle, qui vise à favoriser un meilleur équilibre entre les exigences professionnelles et personnelles ;
  • les habitudes de vie, à travers des actions de sensibilisation ou d’accompagnement portant notamment sur l’activité physique, l’alimentation, le sommeil ou la gestion du stress.

Cette approche ne remet pas en cause le rôle central du travail réel. Elle propose une lecture plus globale de la santé organisationnelle en intégrant des déterminants susceptibles d’influencer durablement le fonctionnement de l’entreprise et la santé des collaborateurs.

Cette différence de périmètre n’oppose donc pas deux visions de la QVCT. Elle met en évidence deux niveaux d’analyse complémentaires : l’un interroge prioritairement la manière dont le travail est réalisé, l’autre élargit la réflexion aux différents déterminants susceptibles d’influencer durablement la santé des personnes et la performance de l’organisation.

Pour les dirigeants, cette distinction est essentielle. Elle ne conduit pas à choisir un référentiel plutôt qu’un autre, mais à définir le périmètre d’action le plus pertinent au regard des objectifs poursuivis, des ressources disponibles et du niveau de maturité de leur organisation.

Différences de périmètre entre les référentiels QVCT
Visualisation des déterminants partagés et spécifiques selon le périmètre retenu.

4. Définir le périmètre de sa démarche : un choix stratégique

La lecture croisée des référentiels de l’ANACT et du BNQ 9700-800 – Entreprise en santé conduit à un constat essentiel : la réussite d’une démarche QVCT dépend moins du choix d’un référentiel que de la capacité de l’organisation à définir le périmètre de son projet.

Cette décision relève avant tout d’un choix stratégique. Selon son contexte, une organisation pourra souhaiter concentrer sa réflexion sur l’amélioration des conditions de réalisation du travail, le développement des pratiques managériales, le dialogue professionnel ou la prévention de l’usure professionnelle. Une autre pourra choisir d’élargir son approche à la santé organisationnelle en intégrant également la conciliation travail-vie personnelle ou les habitudes de vie.

Il n’existe pas de modèle universel. Le périmètre d’une démarche se construit au regard de la stratégie de l’entreprise, de son secteur d’activité, de sa taille, de son niveau de maturité, de ses ressources et des transformations qu’elle souhaite accompagner.

Définir ce périmètre suppose également de comprendre les attentes des collaborateurs. Les travaux de l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail montrent que leurs préoccupations portent autant sur la qualité du management, la reconnaissance, la communication, les possibilités de participation ou l’organisation du travail que sur les conditions matérielles de travail et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Ces enseignements rappellent qu’une démarche QVCT ne peut être construite à partir des seules obligations réglementaires ou des seuls indicateurs sociaux. Elle gagne à croiser plusieurs sources d’information : les données de l’entreprise, l’observation du travail réel, les attentes des collaborateurs et les orientations stratégiques portées par la direction.

Cette phase de réflexion permet d’objectiver les priorités, de partager une lecture commune de la situation et de construire un projet cohérent avec les enjeux de l’organisation. Les attentes des collaborateurs ne déterminent pas, à elles seules, les décisions de l’entreprise. Elles constituent toutefois un éclairage précieux pour objectiver les besoins, nourrir la réflexion stratégique et favoriser l’appropriation de la démarche par l’ensemble des acteurs.

Cette mise en perspective permet à la direction de dépasser une logique de conformité ou de réponse à des attentes ponctuelles. Elle offre les conditions nécessaires pour construire une démarche créatrice de valeur, au service de l’organisation, de ses collaborateurs et de sa performance durable.

5. Transformer une démarche QVCT en création de valeur

Définir le périmètre d’une démarche QVCT constitue une étape déterminante. Sa réussite dépend ensuite de la capacité de l’organisation à transformer cette ambition en un projet structuré, partagé et créateur de valeur.

Les référentiels de l’ANACT et du BNQ 9700-800 – Entreprise en santé convergent sur un point essentiel : les résultats ne découlent pas du référentiel lui-même, mais de la manière dont l’organisation s’approprie la démarche, mobilise ses acteurs et inscrit les actions engagées dans une logique d’amélioration continue.

Cette approche est également confortée par les enseignements du Baromètre de l’Observatoire de la Qualité de Vie au Travail. Les attentes exprimées par les collaborateurs portent avant tout sur la qualité du management, la reconnaissance, la communication, l’organisation du travail, les possibilités de participation et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Méthode AQUESIS pour structurer une démarche QVCT
Comprendre, structurer, mobiliser et inscrire la démarche dans la durée.

Pour les dirigeants, l’enjeu consiste à transformer ces constats en un projet cohérent, capable d’accompagner les évolutions de l’organisation et de produire des résultats durables. Cette création de valeur s’appuie sur quatre leviers complémentaires.

Comprendre pour mieux décider

Toute évolution commence par une compréhension objective de la situation. L’analyse des données disponibles, l’observation du travail réel, l’écoute des collaborateurs et l’identification des déterminants qui influencent le fonctionnement de l’organisation permettent de partager un diagnostic et de hiérarchiser les priorités. Cette première étape constitue le socle des décisions qui seront prises par la suite.

Structurer pour donner une direction

Une démarche produit des effets lorsqu’elle s’inscrit dans une vision claire, portée par une gouvernance adaptée et un pilotage régulier. Définir des objectifs, préciser les responsabilités, planifier les actions et suivre leur mise en œuvre contribuent à transformer une intention en un véritable projet d’organisation.

Mobiliser pour favoriser l’engagement

La réussite d’une démarche repose sur l’implication des femmes et des hommes qui la font vivre au quotidien. Le rôle de la direction, l’engagement des managers, le développement des compétences, les espaces de dialogue et les démarches d’intelligence collective favorisent l’appropriation des évolutions engagées et renforcent la coopération entre les acteurs.

Ces temps d’échange contribuent également à faire émerger des solutions adaptées aux réalités du terrain et à renforcer l’adhésion autour des transformations engagées.

Développer pour inscrire la dynamique dans la durée

Une démarche QVCT n’est jamais figée. Elle s’enrichit progressivement grâce au suivi des actions, aux retours d’expérience, à l’évaluation des résultats et à l’adaptation continue des pratiques. Cette capacité d’apprentissage constitue un facteur essentiel de résilience et de performance durable.

Au-delà de l’amélioration des conditions de travail, cette dynamique contribue à renforcer la qualité du management, l’engagement des collaborateurs, la qualité des services rendus, l’attractivité de l’organisation et sa capacité à conduire les transformations futures. En ce sens, la QVCT dépasse aujourd’hui le seul champ de la prévention : lorsqu’elle est pensée comme un projet d’organisation, elle devient un levier de création de valeur au service des collaborateurs, de la performance collective et, plus largement, des engagements de responsabilité sociétale.

Conclusion

La lecture croisée du référentiel méthodologique de l’ANACT et du référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé montre que la réussite d’une démarche QVCT ne repose pas sur le choix d’un référentiel, mais sur la capacité de l’organisation à définir un périmètre d’action cohérent avec ses enjeux.

Cette réflexion conduit à dépasser une logique de conformité pour inscrire la QVCT dans une vision plus globale de l’organisation. Elle rejoint ainsi les principes portés par les démarches de responsabilité sociétale, qui intègrent les dimensions humaines, sociales, environnementales et de gouvernance comme des leviers de performance durable.

Les référentiels apportent une méthode. Ils ne remplacent ni la connaissance du terrain, ni les choix stratégiques de la direction, ni la capacité des organisations à construire une démarche adaptée à leur contexte.

Au-delà des outils, la réussite d’une démarche repose avant tout sur la capacité à comprendre avant d’agir, à structurer une vision, à mobiliser les acteurs et à inscrire les évolutions dans la durée. C’est dans cette articulation entre réflexion stratégique, engagement collectif et amélioration continue que la QVCT devient un véritable levier de création de valeur pour l’organisation.

La question n’est finalement pas de choisir un référentiel. Elle est de construire une démarche capable de répondre durablement aux enjeux de son organisation.

À retenir en 30 secondes

Quelle que soit la taille de votre structure — TPE, PME, ETI ou association — construire une démarche QVCT consiste avant tout à choisir une approche adaptée à votre contexte afin de développer durablement la santé organisationnelle et la performance.

  • Une démarche QVCT s’appuie sur l’analyse du travail réel, la participation des acteurs et une logique d’amélioration continue.
  • L’ANACT et le référentiel BNQ 9700-800 – Entreprise en santé proposent des principes méthodologiques largement convergents pour structurer une démarche QVCT.
  • Leur principale différence réside dans le périmètre des déterminants pris en compte, plus que dans la méthode employée.
  • Le choix d’un référentiel dépend du contexte, de la stratégie, du niveau de maturité et des objectifs poursuivis par l’organisation.
  • Une démarche QVCT crée durablement de la valeur lorsqu’elle permet de comprendre, structurer, mobiliser et inscrire les évolutions dans une logique de performance durable et de santé organisationnelle.

Sources officielles

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